Sao Paulo

Dimanche 5 juillet 2010

Je suis arrivé à Sao Paulo en fin d’après-midi pour trois jours. Je débarque de Salvador de Bahia où j’étais immergé dans la culture afro-brésilienne. Détente, rires, alegria. Plats divins, lourdement africains. Je vous en reparlerai de tout cela car je dois écrire un récit non fiction sur Salvador de Bahia et sur les racines africaines des Brésiliens en général dans le cadre de PILMGRAGES, un projet artistique panafricain des plus précieux.

S’il est une chose qui caractérise la complexité de la société brésilienne ; c’est le racisme à tous les étages. Qu’il soit étatique et quasi systématique ou qu’il emprunte des formes subtiles et subliminales, le racisme est présente; et acteur omniscient, il ne quitte jamais la scène. Ce soir, dans les locaux d’ODUN, la petite mais dynamique association culturelle qui m’accueille et me sert de relais, il y a la projection de DRUM avec le concours du dynamique Serge Noukoue du Consulat de France. Cet excellent film sud-africain signé par Zola Maseko parle de la lutte contre l’Apartheid dans les années 1950. La conversation qui suit la fin de la projection tourne cette fois encore sur la plaie du Brésil d’hier et d’aujourd’hui: le racisme. Les convives sont au bord des larmes, la voix cassée par l’émotion, les yeux embrumés. Il se passe quelque chose qui est de l’ordre de la catharsis: une jeune femme nous raconte un incident raciste dont elle a été la veille, elle a encore tout le mal du monde à s’en remettre. Une autre confesse qu’elle est habitée par la peur permanente, la méfiance et la colère. On passe à l’hier et à l’évocation de la très longue et très méconnue histoire de la résistance noire. On se soutient, on élabore des projets communs pour l’avenir. Je m’entends, à mon tour, parler de résistance et de solidarité internationale. On se quitte en se promettant de continuer le combat. Eux, surtout, n’ont d’autre choix. Ils sont noirs. Ils en sont fiers. Une fierté toute récente et chèrement acquise. La première étape d’un long combat. A luta continua…

Abdourahman A. Waberi

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